Facteurs de marché et signaux des banques centrales
La baisse de l’EUR/USD pourrait toutefois être limitée par les attentes d’un ton plus ferme de la Banque centrale européenne (BCE). Un sondage Reuters a indiqué que 85% des économistes anticipaient une hausse du taux de dépôt (le taux que la BCE rémunère sur les dépôts des banques) de 25 points de base (0,25 point de pourcentage) à 2,25% en juin, contre un peu plus de la moitié avant la réunion d’avril. L’euro est utilisé par 20 pays de l’UE et a représenté en 2022 31% des transactions mondiales sur le marché des changes (marché des devises), pour une moyenne de plus de 2 200 milliards de dollars par jour. L’EUR/USD pèse environ 30% de l’ensemble des échanges sur le FX (foreign exchange, marché des devises), devant l’EUR/JPY (4%), l’EUR/GBP (3%) et l’EUR/AUD (2%). Notre lecture est que la paire EUR/USD reste sous pression, reflétant un dollar porté par l’aversion au risque et par l’écart de politique monétaire entre banques centrales. Le maintien sous 1,1650 suggère que les opérateurs intègrent une incertitude durable, ce qui impose de suivre de près l’évolution des décisions de taux et des tensions géopolitiques.Divergence de politique monétaire et implications pour le trading
De l’autre côté de l’Atlantique, l’inflation semble plus tenace, les dernières données HICP de la zone euro (indice harmonisé des prix à la consommation, mesure standard de l’inflation) affichant une hausse annuelle de 3,2%. Cette pression sur les prix maintient la BCE dans une posture restrictive (favorable à des taux plus élevés), ce qui soutient l’idée d’un relèvement des taux pour défendre l’euro. Cette divergence de politique monétaire — une Fed potentiellement en pause tandis que la BCE ne le serait pas — reste un thème central. Les risques géopolitiques continuent de favoriser le dollar en tant que valeur refuge, même si les tensions se sont légèrement calmées depuis l’an dernier. Le Brent (référence du prix du pétrole en Europe) tient autour de 95 dollars le baril, reflétant les inquiétudes sur le transport maritime dans le détroit d’Ormuz. Un niveau durablement élevé de l’énergie pèse davantage sur la zone euro, importatrice d’énergie, que sur l’économie américaine, plus autonome. Dans ce contexte, il faut s’attendre à une volatilité (amplitude des variations de prix) élevée dans les prochaines semaines. Pour les intervenants sur produits dérivés (instruments financiers dont la valeur dépend d’un actif, ici la devise), cela plaide pour des stratégies profitant des mouvements, comme le straddle acheteur (achat simultané d’une option d’achat et d’une option de vente au même prix d’exercice, afin de gagner si le marché bouge fortement). La volatilité implicite (volatilité attendue par le marché, déduite du prix des options) des options EUR/USD à 3 mois est déjà montée à 8,5%, signe que les investisseurs se préparent à des fluctuations. Pour ceux qui privilégient un scénario directionnel, l’achat d’options put (option de vente, qui gagne en valeur si la paire baisse) sur l’EUR/USD peut servir de couverture contre une nouvelle baisse si les tensions géopolitiques se ravivent ou si la Fed surprend avec un ton plus restrictif. À l’inverse, des options call (option d’achat, qui gagne en valeur si la paire monte) peuvent permettre de se positionner prudemment sur un rebond de l’euro si la BCE agit fermement alors que la Fed reste en pause. Le suivi des principales statistiques en Allemagne et aux États-Unis sera déterminant pour caler ces opérations.
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