L’Europe n’a toujours pas mérité ce moment
Au cours des 12 derniers mois, l’Europe a lancé l’Union de l’épargne et de l’investissement en mars 2025. Parmi les autres mesures figurent une réforme de la titrisation (transformer des prêts en titres négociables pour financer l’économie), un paquet sur l’intégration des marchés et la supervision (surveillance des acteurs financiers), une mise à jour des règles sur les services de paiement, et une recommandation sur des comptes d’épargne et d’investissement. Les investissements de la Banque européenne d’investissement dans la défense ont triplé. Les dépenses de défense de l’UE ont augmenté de 36 % מאז 2022. Avec le recul sur l’appel à un « moment mondial de l’euro » lancé en 2025, un an plus tard, le suivi structurel manque encore. L’euro s’échange dans une fourchette relativement étroite face au dollar, ce qui reflète l’absence de déclencheur positif fort. Pour les traders (opérateurs de marché), cela suggère que le scénario le plus probable, à court terme, reste un marché en range (prix qui oscillent dans un couloir) dans les prochaines semaines. Un problème central reste l’important stock d’épargne des ménages sous-utilisé, ce qui limite l’investissement et la dynamique économique. Des données Eurostat du T1 2026 le confirment : le taux d’épargne des ménages (part du revenu non consommée) demeure élevé à 14,2 %, bien au-dessus des niveaux d’avant 2020. Ce frein de fond soutient des stratégies qui misent contre une forte hausse de l’euro, comme la vente d’options d’achat très hors de la monnaie (options « call » avec un prix d’exercice loin au-dessus du cours actuel, qui rapportent une prime mais profitent surtout si l’euro ne monte pas beaucoup) sur l’EUR/USD.La volatilité reste comprimée
Ce manque de direction a fait chuter la volatilité, l’indice CBOE de volatilité sur l’euro (mesure de la volatilité implicite, c’est-à-dire la volatilité attendue par le marché à partir des prix des options) évoluant près de ses plus bas de plusieurs années. Une volatilité implicite faible rend les options relativement moins chères, ce qui permet de se positionner sur un éventuel mouvement marqué sans mobiliser beaucoup de capital. Un straddle acheteur (acheter en même temps un call et un put au même prix d’exercice pour miser sur un grand mouvement, à la hausse ou à la baisse) pourrait être rentable si les prochaines réunions de la BCE ou des publications de données réveillent enfin le marché. Il faut aussi prendre en compte l’écart de taux d’intérêt croissant entre la BCE et la Réserve fédérale américaine. Alors que la Fed reste restrictive (« hawkish », c’est-à-dire privilégiant des taux élevés) face à une inflation persistante, les derniers chiffres d’inflation de la zone euro ont ralenti, ce qui amène les marchés à intégrer (à « prix de marché ») une probabilité plus forte de baisse de taux de la BCE d’ici la fin de l’été. Cette divergence de politique monétaire pèse sur l’euro et renforce une vue neutre à négative. Les progrès sur les dépenses de défense et l’Union de l’épargne et de l’investissement en 2025 n’ont pas suffi à dépasser l’inertie des marchés de capitaux fragmentés. Un accord politique significatif sur l’approfondissement de l’union des marchés de capitaux se fait toujours attendre. D’ici là, toute hausse de l’euro devrait surtout être vue comme une occasion de vendre.
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